Référentiels - Chronique d'un kinocide annoncé
Référentiels
Chronique d'un kinocide annoncé
Référentiels : Késarko ?
C’est un nombre maximum de séances par pathologie et par patient décrété par l’administration (en lieu et place du médecin-traitant, devenu entre temps décérébré) au-delà duquel il sera illusoire d’espérer prolonger un traitement.
C’est avant tout une vision « comptable » de la santé (une de plus, direz-vous) dont l’objet est d’engranger un bénéfice (plus exactement de limiter les dépenses) sur le dos du malade et sur la qualité de ses soins.
Mais c’est aussi la reconnaissance implicite de notre utilité publique. Car, pourquoi devoir contraindre par la force et limiter autoritairement le développement de qui ne rencontre pas le succès ?
« L’élaboration » des référentiels est aux mains d’un chef d’orchestre on ne peut plus objectif et désintéressé en la matière puisqu’il n’est autre que notre employeur-payeur : l’UNCAM (Union Nationale des Caisses d’Assurance Maladie). Leur « validation » ne saurait également trouver meilleur parti puisque placée sous la houlette de la HAS (Haute Autorité de la Santé) dont l’indépendance face aux oukases d’Etat n’est plus à démontrer (si si, c’est inscrit dans ses statuts…).
Nous savons que l’UNCAM a battit son système de « réflexion » sur une base statistique volontairement faussée (mépris des particularités sanitaires régionales, d’âge ou de densité, du maillage médical en place, de la présence ou non de méga-structures soignantes à proximité tel que les centres de rééducation, etc.). Mais, pourquoi s’en étonner ? L’UNCAM en l’affaire, comme d’ailleurs en toute affaire concernant la kinésithérapie, est moins soucieuse de vérité et d’équité sociale que d’imposer des économies drastiques à la profession.
Car chez ces gens-là, on ne pense pas, Monsieur. On compte!
Nous n’ignorons pas également que la HAS et son parterre de prudes savants, très empêtrés en cette affaire, n’opposeront pour autant que de rares objections aux décisions de l’UNCAM, donc de l’Etat. Le rôle de la HAS en ce dossier se cantonne à la portion congrue ; apporter vaille que vaille une caution morale à l’immoralité et estampiller « norme scientifique » ce qui n’est ni normé ni surtout scientifique…
Une des dernières déclarations de cette noble institution en dit d’ailleurs long sur ses Etat d’âmes et l’impuissance de son collège de têtes bien-pleines : « Il n'y a rien dans la littérature connue s'opposant à la mise en place de ces référentiels ». Donc, acte, nous n’avons plus affaire à un cercle de chercheurs, mais d’historiens…
Le principe-même d’un « contrôle sur activité », qu’on l’appelle enveloppe globale, quota, référentiel, seuil d’efficience ou comme on le souhaitera, est nécessairement sous-tendu par le désir de berner et d’appauvrir l’autre pour s’enrichir soi-même. Sinon, à quoi bon prendre cette peine ?
Y a t-il un « quota » de SDF en France ?
De leur côté les syndicats représentatifs de la profession, FFMKR et SNMKR, conscients de l’enjeu mais également que de toutes les manières on passerait tôt ou tard « à la casserole », soucieux de mener malgré tout une politique du moindre préjudice, ont tenté vainement de s’interposer entre la hache et le billot en sollicitant la présence des professionnels du métier (ce qui peut sembler être de prime-abord la moindre des choses) dans l’élaboration des dits référentiels. L’Ordre soi-même (mais que vînt-il donc se compromettre en cette affaire ?) donna de la voix. Tout cela, mais nous y reviendrons, en vain…
Aujourd’hui personne (et l’UNCAM moins que quiconque) n’est en situation de prédire l’incidence réelle des référentiels sur l’activité des kinésithérapeutes. Simple aménagement ou déflagration atomique ? Mesurette ou Hiroshima ? Le chiffre le plus couramment avancé (mais qu’il convient de valider) est que lorsque l’ensemble des quotas par pathologie et par patient (appelons un chat un chat) sera en rythme de croisière, la profession perdra in-fine 30% de son activité.
L’Etat, en toute inconséquence, joue donc à l’apprenti sorcier avec l’avenir de ses corporations et des ses citoyens.